Adressage IPv4/IPv6 et sous-réseaux
Construire un plan d'adressage IPv4/IPv6 cohérent en maîtrisant masques, CIDR et notation préfixe.
À retenir
- IPv4 (32 bits, RFC 791) et IPv6 (128 bits, RFC 8200) coexistent le plus souvent en configuration double pile.
- La notation CIDR (RFC 4632) exprime le masque de sous-réseau sous forme de préfixe, ex. /24.
- Un sous-réseau IPv4 perd toujours deux adresses (réseau et diffusion) par rapport à sa taille théorique.
- IPv6 généralise le préfixe /64 par sous-réseau et supprime la diffusion au profit du multicast.
L'adresse IP, identité logique d'un hôte
Une adresse IPv4, définie par la RFC 791, est codée sur 32 bits et notée en quatre octets décimaux (ex. 192.168.10.25). Une adresse IPv6, définie par la RFC 8200, est codée sur 128 bits et notée en huit groupes hexadécimaux (ex. 2001:0db8:0000:0001::1a), ce qui répond à l'épuisement annoncé des adresses IPv4 depuis les années 2010.
Masque de sous-réseau et notation CIDR
Le masque de sous-réseau distingue la partie réseau de la partie hôte d'une adresse. La notation CIDR (Classless Inter-Domain Routing), introduite par la RFC 4632, exprime ce masque sous forme de préfixe (/24 équivaut à 255.255.255.0).
| Préfixe CIDR | Masque décimal | Adresses utilisables | Usage typique |
|---|---|---|---|
| /24 | 255.255.255.0 | 254 | Sous-réseau de site ou VLAN utilisateur |
| /27 | 255.255.255.224 | 30 | Petit segment (salle serveur, DMZ) |
| /30 | 255.255.255.252 | 2 | Lien point à point entre deux routeurs |
| /16 | 255.255.0.0 | 65 534 | Plan d'adressage d'un grand site |
Point clé
dans un réseau IPv4, deux adresses par sous-réseau sont toujours réservées (adresse réseau et adresse de diffusion), d'où le nombre d'hôtes utilisables toujours inférieur de deux à la taille théorique du bloc.
Construire un plan d'adressage cohérent
- Découper l'espace disponible selon les besoins réels (nombre d'hôtes par site ou VLAN), pas selon une habitude arbitraire.
- Prévoir une marge de croissance sans sur-dimensionner (un /24 pour 10 hôtes gaspille l'espace d'adressage).
- Documenter le plan dans un IPAM (IP Address Management) pour éviter les conflits.
- Réserver des plages fixes pour l'infrastructure (routeurs, serveurs DHCP/DNS) en dehors des plages allouées dynamiquement.
Attention
un plan d'adressage IPv4 mal anticipé est l'une des causes les plus fréquentes de refonte réseau coûteuse quelques années plus tard ; un sous-réseau saturé oblige souvent à renuméroter l'ensemble d'un site en production.
IPv6 : simplification et cohabitation
IPv6 supprime la notion de diffusion (broadcast) au profit du multicast, intègre nativement la configuration automatique (SLAAC) et généralise des préfixes de type /64 pour chaque sous-réseau, quelle que soit sa taille réelle. La cohabitation IPv4/IPv6, appelée « double pile » (dual stack), reste la stratégie de transition la plus répandue.
Sur le terrain
sur les infrastructures récentes que nous déployons, le /64 systématique par sous-réseau IPv6 surprend souvent les équipes habituées à économiser chaque adresse IPv4 — en IPv6, l'espace d'adressage est volontairement surdimensionné pour simplifier la gestion, pas pour être économisé.
# Vérifier la table de routage locale (Linux)
ip route show
# Exemple de sortie commentée :
# default via 192.168.10.1 dev eth0 -> route par défaut vers la passerelle
# 192.168.10.0/24 dev eth0 proto kernel -> réseau local directement connecté
# 10.0.0.0/8 via 192.168.10.254 dev eth0 -> route statique vers un site distant
Astuce
avant de découper un nouveau plan d'adressage, listez d'abord les besoins par site et par fonction (utilisateurs, serveurs, IoT, gestion) plutôt que de partir directement du nombre total d'adresses disponibles — cela évite les découpages arbitraires difficiles à faire évoluer.